|
Crise financière
DES MILLIARDS POUR LES BANQUIERS, LAUSTÉRITÉ POUR LES AUTRES Le Premier ministre justifie lutilisation de fonds publics pour sauver les établissements financiers et annonce qu'il y aura «des conséquences sur l'activité, sur l'emploi et le pouvoir d'achat des Français». Avec la mobilisation (sans scrupules) de milliards dargent public quil injecte ces temps-ci pour sauver des groupes privés, on aurait pu penser que le gouvernement ait tiré quelques leçons de la crise financière actuelle, en renonçant par exemple à la rigueur budgétaire alors que sinstalle la récession. Que nenni. Mercredi, lors du débat consacré à cette crise à lAssemblée nationale, le Premier ministre, François Fillon, a exclu toute idée de relance de léconomie et de la consommation, via notamment une politique active de lemploi et de soutien au pouvoir dachat des ménages. «L'urgence, c'est de répondre au problème de liquidité sur le marché interbancaire», a lancé M. Fillon devant les députés. Il a annoncé dans la foulée que la France allait se doter d'une société publique capable au coup par coup et en empruntant sur le marché d'aider les banques françaises qui seraient menacées de faillite dans lespoir de rassurer la Bourse. La nouvelle Société de prises de Participation de l'Etat (SPPE) permettra aux pouvoirs publics, a-t-il insisté, de «maîtriser la stratégie et la gestion» des établissements bancaires sauvés. Histoire de rassurer les contribuables, il a précisé que les interventions de l'Etat seront «réactives» et «temporaires», cest-à-dire que ses éventuelles participations seront revendues, «si possible avec une plus-value». Autrement dit, lEtat naura pas vocation à rester dans le capital de ces banques une fois leur situation redressée. Si le Chef du gouvernement a prétendu ainsi expliquer pourquoi il est si prompt à mettre la main à la poche pour sauver le système financier, il sest refusé à mobiliser des fonds publics pour relancer lactivité, ce qui simposerait tout autant. Selon lui, «la crise ne nous donne aucune raison de relâcher la discipline que nous nous sommes imposée en matière de finances publiques» car «notre politique budgétaire est adaptée à la crise: ni laxiste, ni récessive». Il a enfoncé le clou en affirmant que le budget devrait faire même office de «stabilisateur» dans la tempête : «le taux de prélèvements obligatoires n'augmentera pas et toute reprise de la croissance sera mise à profit pour le baisser d'ici 2012». Le Premier ministre entend dès lors maintenir tels quels ses objectifs en matière de réduction des dépenses publiques, à travers notamment la suppression de 50.000 postes de fonctionnaires et la poursuite de la Révision Générale des Politiques Publiques (RGPP). A part ça, il sest voulu «lucide»: «nous savons que l'Europe sera rudement affectée par le ralentissement. Nous savons que la France le sera aussi. Il y aura des conséquences sur l'activité, sur l'emploi et le pouvoir d'achat des Français. Il serait absurde et irresponsable de le nier». En attendant, rien nest prévu pour limiter les conséquences puisque M. Fillon na à aucun moment parlé de relance. De fait, parmi les mesures inscrites dans le budget 2009 en direction des ménages depuis laggravation de la crise financière, seule la majoration de 152,45 à 220 euros de la «prime de Noël» qui est attribuée à certains bénéficiaires de minima sociaux constituera une dépense publique nouvelle. Quant à la politique de lemploi, le gouvernement compte sur les 60.000 contrats aidés et précaires décidées en juillet, pour jouer opportunément le rôle «d'airbags» aux chocs de la crise, dixit le ministre de lemploi. Cest pourquoi, écrit Jean-Claude Mailly (FO) dans son dernier édito publié dans FO Hebdo, «laustérité budgétaire est ( ) le contraire de ce quil faut faire» et «cest le moment de revoir certaines dispositions, telles celles du bouclier fiscal, qui ont concerné les plus riches». Pour lui, «une chose est sûre: quand on réclamait (propositions à lappui) 12 milliards deuros pour les retraites, on nous trouvait irréalistes. Cest pourtant une goutte deau par rapport à ce qui est engagé ces temps-ci». Et le leader de FO de sinterroger face à ces deux poids, deux mesures: «qui peut encore oser dire que la lutte de classe nexiste pas?». |